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ÉMILE NELLIGAN, "UN DANTE D'UNE ÉPOQUE DÉCHUE"

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Par Maja Nazaruk

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The Montréal Review, Avril 2013

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A l'époque de son apogée, Emile Nelligan était un jeune gamin subtil et frileux, intellectuel mais pas livresque, aliénée par sa profonde solitude et angoissé par le manque de discours avec ses ainés. Il était né à Montréal au milieu du XIXème siècle. Sa poésie est une poésie d'adolescence ou de croissance à l'âge de jeune homme. En dépit de son jeune âge, Il est considéré d´avoir parrainé la poésie moderne québécoise étant le seul écrivain du siècle qui voulait faire de la poésie la vocation solennelle. La poésie n'était pas pour lui juste un passe-temps mais un mode de vie, d'auto-réalisation mythique et sanctifiée. En abandonnant ses études, Nelligan refusa d'entrer dans la société pour satisfaire son père qui lui proposa d´entreprendre un travail stable. Face à ce refus de devenir homme et de prendre en charge sa vie face au « discours social », Nelligan, l'enfant terrible et l'enfant malade, est resté fidèle à soi-même, à sa propre nature et à son propre projet de vie, comme la voix autonome d'une esthétique éphémère dans un engagement exclusif à l'écriture poétique. Selon Réjean Beaudoin, « Nelligan ne connaissait d'autre patrie que l'espace purement imaginaire de son aventure poétique ».

Nelligan est connu comme le Baudelaire canadien, un archétype de la poésie québécoise; comme le dirait Barbey d'Aurevilly «un Dante d'une époque déchue». Comme Baudelaire, Nelligan opère une transformation radicale de l'esthétique dominante. Au contraire des poétes canadiens qui le précédaient et qui remplissaient leurs récits de patriotisme, de valeurs portant sur la survie des colonies, et le nationalisme canadien, Nelligan offre une poétique qui est intériorisée, issue du huit clos de l´auteur et de ses expériences trans-etatiques du sublime, mais aussi du mal pénétrant et de sa souffrance infinie. Il est un homme moyennement lettré, car sa formation est discontinue à cause leçons de syntaxe, mais qui reste à toujours épris des idéaux des Lumières. Comme ceux de Baudelaire, ses ouvres témoignent d´un passage de l'horreur à l'extase et de l'extase à l'horreur (La romance du vin) . Sa littérature relevé d´un sceau énergique de méditation ainsi du contexte lugubre de nuits blanches, qui représentaient ses premières crises existentielles, ou il craquait psychiquement devant les contrariétés du présent, tout en courtisant les Muses. La poésie de Nelligan est une négation de la misère qui se culmine dans la révolte représentée par un cri subversif contre la gaieté du monde et les apparences dans la société. Elle est caractérisée de virtuosité technique dans un malaise existentiel de détresse psychique. Nelligan était le contemporain de Verlaine, Mallarmé et Rimbaud. Il représentait la furtive apparition de la modernité avant une période de stagnation littéraire. Le corpus de Nelligan est court, inachevé, fragmentaire. Nelligan est radical : sa poésie relève d'un caractère absolu, qui s'affirme par sa souveraineté (Biron, 160). Il incarne le romantisme parnassien, symboliste et décadent jusqu'au paroxysme de la folie. La tragédie personnelle met en valeur le symbolisme de la solitude, et l'expression profonde de sa mélancolie, tournée vers l'intériorité pathétique du poète.

La poésie de Nelligan relève de 150 poèmes écrits en fin d´adolescence, déclamés en partie avant l´incarnation de l´auteur dans un asile (Saint Benoit Joseph Labre à Longue Pointe) à cause d´une de gérescence psychique, folie polymorphe connue dans la médecine moderne par la schizophrénie. Ici commence le drame de Nelligan et son isolation profonde de la société: Nelligan représente un génie poétique, un véritable Titan, qui n´a pas de droits: est ex communiqué de la société, Il est coupé du monde par une famille qui ne pouvait pas accepter sa son droit à la différence. Un scandale a explosé avec la découverte de son ouvre et entra Nelligan comme un « cas  exceptionnel » de l'histoire de la littérature canadienne.

La mère de Nelligan lui rend visite seulement une seule fois pendant ses nombreuses années a l´asile - en Novembre 1902. Elle est au centre du drame oedipien de son fils et nombreux poèmes lui sont dévoués. Le drame oedipien est accentué par son rôle comme l'opposant de l'utilitarisme de son père. David Nelligan ne le reverra jamais et mourra en Juillet 1924. La situation autour de cette souffrance donne naissance à une amitié profonde avec un collègue rencontré dans l´Ecole littéraire de Montréal, Louis Danton, Um prêtre qui se dévoue a publier l´ouvre de Nelligan et l´inscrire dans le corpus de la littérature canadienne, en dépit du fait que « l'ovation populaire pour ses ouvres s'éteint aux portes de l'hôpital » (Beaudoin 23).

L´école Littéraire est une plateforme où Nelligan lance son projet de vie. Une élite intellectuelle, elle établit le lieu de rencontres de jeunes gens intéresses par l´esthétique qui lisent des poèmes dans les maisons des uns ou des autres. Les membres du groupe étaient légèrement plus âgés que Nelligan mais il fut admis comme membre et apprécie pour sa contribution. Elle offre un remplacement a l´école traditionnelle, ou les membres de prêtent a l´écouté du sensible du jeune poète en lui permettant de développer son élan vital. Nelligan abandonna les études en 1896, en y trouvant un second refuge. Nelligan a changé de collège trois fois et n'a pas passé la deuxième année de syntaxe. On note que sa participation assidue a l´Ecole de Montréal accompagne son désastreux échec a l´école qui le prépare le passage à son interminable excommunication de la société. L´école littéraire représentait l´Académie de l´Idéal, dans le sens ou qu´elle a permis d´organiser un environnement qui animait et inspirait l´auteur, tout en lui permettant de partager les moments mystiques et vulnérables de son ouvre créatrice. Nellligan a poursuivi ses études désormais comme un autodidacte, sous la tutelle des membres généreux de l'Ecole littéraire qui le récompensaient pour ses achèvements avec leur amour du sensible et leur authentique enthousiasme pour le jeune homme. Le 10 février 1897, M. Emile Lenaghan est accepte à l´unanimité. Le 25 février, Nelligan récite ses premiers poèmes, qui ne sont pas conservés, mais qui expriment un décalage face à son jeune âge et manquent de ´joie de vivre´: Tristão, Carl Vohdher est mourant.

Nelligan a publie antérieurement dans un journal littéraire Samedi sous le pseudonyme de Emile Kovar. Il s´agit de ses premiers 9 poèmes.

Concernant son identité il est ne d´un père irlandais et d´une mère française, mais il choisit de s´identifier avec l´héritage de sa mère, dont il fait le sujet ultime de ses poèmes. Nelligan apprend par cour les poèmes anglophones aussi tant qu´il récite les poèmes français, mais il choisit de signe son ouvre sous le nom de Nellhigan ou Nélligan. Les origines de son père sont répudiées, d´ailleurs comme son père, qui représente la société conservatrice, le bien et le mal d´une société fondée autour des intérêts et du statut social, inachevable par le fils. L´exigence de se stabiliser est considérée comme une offense sur son statut d´écrivain et cause une scission assidue entre les deux personnages. Sous l´insistance de son père, il prend un travail de comptable auquel il s´oppose violemment et qu´il quitte au bout de deux semaines, pour revenir a sa vocation, motivé par l´appel irrésistible du littéraire. Pendant une certaine période, il est sans abri dans le but d´éviter des conflits supplémentaires et cherche refuge auprès de sa famille (son oncle) et ses amis, il habite rue Saint Laurent et la mansarde d´Arthur de Bussieres.

L´année 1899 est la plus explosive pour Nelligan. Le 26 Mai il écime le Talisman, Rêve d´Artiste et la Romance du Vin. Dantin raconte l'expérience de ce moment joyeux de triomphe littéraire avec exaltation pour le jeune poète : « J´ai vu un soir Nelligan en pleine gloire. Quand, l´oil flambant, le geste élargi par l´effort intime, il clama d´une voix passionnée sa Romance du Vin, une émotion vraie étreignit la salle, et les applaudissements prirent la fureur d´une ovation » (Danton, dans Luc Lacour Ière 15). Le 9 Aout 1899, Emile Nelligan est interné à la Retraite de Saint-Benoît.

Un mythe circulait concernant le vécu de Nelligan. On disait que Nelligan passait son temps à méditer dans des chapelles fermées au crépuscule. Dans ses moments les plus pointus de crise, il récitait les strophes de ses poèmes préférés ou bien errait dans les rues en cantonnant. Des hallucinations se sont emparées de son amé fragile pendant le vagabondage urbain et il revenait sur son enfance dans une sorte de rêverie interminable. Nelligan a fait l´expérience de la psychose, qui, dans ses sensations insolites, l´a mené a l´apogée de son ouvre créatrice et pour laquelle il a été marqué et asilé pour la vie. Son humeur noire et ironique n´était que la note aigue d´un sanglot durant l'ivresse de sa gloire.

La renommée de Nelligan est entrée dans le registre de la poésie québécoise à travers nombreux hommages. Guy Delahaye, l'un des premiers à lui rendre visite à l'asile en 1909, lui dévoue un triptyque de son premier receuil, Les Phases (1910). Il est considéré comme le seul vrai poète canadien français par Marcel Dugas. Dans les pages de Nigog , Robert de Roquebrune publie un hommage à lui en 1918. En 1991, Michel Tremblay signe le livret de l'opéra Nelligan , relançant le mythe qui avait pris toutes sortes de formes. La peinture : Jean Paul Lemieux; la chanson : Monique Leyrac, Claude Dubois; le cinéma : Robert Favreau; le théâtre (Biron, 168). « Le mythe de Nelligan, écrit Jean Larose, est un vrai mythe, pérenne, vivant, fixé et populaire » (1)

La Romance du Vin (1899)

Tout se mêle en un vif éclat de gaieté verte
O le beau soir de mai! Tous les oiseaux en choeur,
Ainsi que les espoirs naguère à mon coeur,
Modulent leur prélude à ma croisée ouverte.

O le beau soir de mai! le joyeux soir de mai!
Un orgue au loin éclate en froides mélopées;
Et les rayons, ainsi que de pourpres épées,
Percent le coeur du jour qui se meurt parfumé.

Je suis gai! je suis gai! Dans le cristal qui chante,
Verse, verse le vin! verse encore et toujours,
Que je puisse oublier la tristesse des jours,
Dans le dédain que j'ai de la foule méchante !

Je suis gai ! je suis gai ! Vive le vin et l'Art !...
J'ai le rêve de faire aussi des vers célèbres,
Des vers qui gémiront les musiques funèbres
Des vents d'automne au loin passant dans le brouillard.

C'est le règne du rire amer et de la rage
De se savoir poète et objet du mépris,
De se savoir un coeur et de n'être compris
Que par le clair de lune et les grands soirs d'orage !

Femmes ! je bois à vous qui riez du chemin
Ou l'Idéal m'appelle en ouvrant ses bras roses;
Je bois à vous surtout, hommes aux fronts moroses
Qui dédaignez ma vie et repoussez ma main !

Pendant que tout l'azur s'étoile dans la gloire,
Et qu'un rythme s'entonne au renouveau doré,
Sur le jour expirant je n'ai donc pas pleuré,
Moi qui marche à tâtons dans ma jeunesse noire !

Je suis gai ! je suis gai ! Vive le soir de mai !
Je suis follement gai, sans être pourtant ivre !...
Serait-ce que je suis enfin heureux de vivre;
Enfin mon coeur est-il guéri d'avoir aimé ?

Les cloches ont chanté; le vent du soir odore...
Et pendant que le vin ruisselle à joyeux flots,
Je suis gai, si gai, dans mon rire sonore,
Oh ! si gai, que j'ai peur d'éclater en sanglots!

Analyse

La Romance du vin est un poème qui anticipe la chute psychique de Nelligan. Le poème achève cela par une série de stratégies. D'abord, il commence par une comparaison nuancée de Nelligan au Christ. En deuxième lieu, il y a la question de l'aspect Dionysiaque de son ouvre créatrice. Dans un autre temps, on est concerné par la pénitence de la jeunesse passée et de son entrée dans l'effacement. Il y aussi la question des contrariétés du statut social du poète, qui craque par rapport aux opposition analogiques entre le monde platonique des Idéaux et la la lugubre solitude, détresse et trahison du monde de son père. Le poème est caractérisé par l'emploi de l'ironie incisive, qui culmine dans une sorte de paroxysme. En plus, il est marqué par un aspect subversif très prononcé. En gros, on interroge la méthode selon laquelle le poème dépeint l'esthétique du déchirement, en fonction des notions de sensible.

L'allusion au Christ émane de la comparaison du « vin » au sang de Christ. Le vin liturgique , appelé vin de messe par les catholiques , est utilisé dans le cadre de l'eucharistie, qui représente le point culminant de la liturgie chrétienne (ref Évangile de Jésus Christ selon saint Marc chapitre 14 verset 24/25).

« La coupe de bénédiction que nous bénissons, n'est-elle pas la communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n'est-il pas communion au corps du Christ ? Puisqu'il y a un seul pain, nous sommes tous un seul corps ; car tous nous participons à cet unique pain. » (Corinthiens 10.16 et 17).

Le dogme catholique enseigne que le vin devient vraiment, réellement et substantiellement le corps et le sang du Christ lors de la transsubstantiation . Donc, dans cette même veine, le poème de Nelligan est considéré un genre de manifeste à l'honneur de son créateur, une manière fragile de se retrouver la dignité après les nombreux échecs de sa vie privée (notamment la fuite de l'école et l'incapacité d'assumer n travail stable). Le poème est en plus légèrement pathétique, dans le sens ou il ne s'agit pas d'une chanson au vin, d'une célébration positive, mais au contraire, il s'agit d'une doléance et d'une dénonciation concernant les calamités de l'existence.

En utilisant cette métaphore, Nelligan essaie de suggérer qu'il souffre l'exil et la pénitence tout comme le Christ qui a été condamné et mis sur une croix. D'ailleurs, il souligne qu'il est en train de faire une « croisée ouverte »- référence aux Croisades ainsi qu'au croisement des chemins qui le mène à sa situation de déception. La croisée de Nelligan allait à la rencontre des infidèles et des hérétiques, en y attachant une récompense spirituelle. Il s'agissait d'une croisade qui métaphorisait l'opposition entre le status quo (son père et la petite société bourgeoise qui se moquait de lui) et son esprit libertin et bohème, sa révolte et la libération des mours de la société qui l'emprisonnait par son incompréhension du sensible.

En plus, Nelligan dépeint son retour à l'éternel : la célébration ou le mémorial de la mort et de la résurrection qui mène à l'action de grâce, c'est-à-dire le partage des éléments eucharistiques : le pain et le vin, offerts en sacrifice sur la croix . Comme chez Nietsche, le retour éternel est marqué par « l'horreur et la paraly sie  », étant le « plus lourd fardeau ». Il semble que Nelligan utilise ce concept pour faire référence à la répétition de ses crises multiples qui deviennent cycliques, et qui le marquent avec la différence d'une condition psychotique. Nelligan n'arrive jamais à atteindre ce que Nietsche appelle « amor fati » - amour du destin. il n'y a pas de consolation pour Nelligan. Son monde est lugubre, ténébreux, cryptique. L'enfermement du poète à l'asile, institutionnalise son détachement. Il ne peut pas atteindre l'amour du destin car il ne rencontre pas d' échappatoire à sa condition humaine.

Le poème peint l'image de l'amertume, et ceci faisant, il accentue l'aspect de Nelligan comme victime de la société - incompris, en détresse, isolé, sans liens sociaux à l'exception de l'Ecole littéraire qui lui donne en effet une renaissance et une célébration par l'exaltation du partage de ses poèmes. La prise de parole se manifeste par l'accusation  de ses ennemis: « pour oublier la tristesse des jours », contre le « dédain », pour combattre « la foule méchante ». Le poème est une attaque sur les balises sociales du monde qui l'entoure-contre l'autorité du père - son opposant allégorique.

L'auto-victimisation du poète mène à un auto-conditionnement prophétique: la calamité imaginaire, fabuleuse, allégorique se transforme en une réalité tangible et réelle, une prevision auto-réalisatrice.

Il s'agit donc d'une romance, d'une chanson qui glorifie la crucification du poète, le spectacle prémonitoire de la mort du poète. Le vin n'est plus la joie de vivre (« Vive le vin et l'art! ») mais la mort et la résurrection du Christ. En écrivant ce poème, Nelligan assure sa résurrection pour la postérité. Le poème est un m é tatexte qui représente son « retour éternel » archaïque, son inscription triomphante dans les lettres. En réalisant un poème qui symbolise l'eucharistie, Nelligan fait un théâtre vivant de son départ : il réalise une liturgie littéraire.

L'aspect Dionysiaque de son ouvre explicite un éclatement dans sa poésie. Dans la mythologie grecque, c'est le dieu de la vigne (d'ou le titre du poème), du vin et de ses excès. Les premières strophes sont des expressions euphoriques du triomphe et de l'ivresse de jeunesse. Dans cette veine, l'auteur manipule une métaphore filée de l'esprit dionysiaque : la « verte gaieté » , le « chour des oiseaux » , « l'espoir », la non-souciance « je suis gai! Je suis gai! ». Le texte de Nelligan se construit autour de la symbolique Dionysi a que pour ensuite la tourner à l'envers et tomber dans le drame. Comme les chants qui accompagnent Dionysius, le chant de Nelligan est dissonant, syncopé, provoquant la surprise et l'effroi. L'écriture de Nelligan formule l'anthithèse de l'harmonie et lyrique Apollonienne. On se retrouve dans une synesthésie de sens-une hallucination encombrante qui déclenche l'explosion des mots.

En ce qui concerne la situation sociale frustrée du poète, on rencontre l'amertume du dédain (« Je bois surtout à vous, hommes aux fronts moroses, Qui daidaignez ma vie et repoussez ma main »). La générosité repoussée, on est persécuté par leur « rire amer » et « la rage » du « mépris » venant de la part de la société. On entend le ressentiment, la haine , la révolte contre la société qui porte un jugement sur le poète. La juxtaposition de l'azur (la société du père, qui représente l'ordre) et le noir (le monde intime de l'auteur) jette les balises de la controverse métaphorisée. Le poète écrit de sa « jeunesse noire » : on entre dans le monde ténébreux de l'effroi, ou on se rend compte qu'on a  « guéri d'avoir aimé », c'est a dire qu'on a été profondément déçu par l'amour. Que l'amour propre a été trahi, blasé-qu'il porte les plaies de l'innocence. Cette réplique annonce aussi : que le moment est venu. Que le moment est venu pour une prise de parole, pour l'explosion d'affects causés par le déchirement.

La métaphore du « coucher de soleil » annonce la fin de Nelligan : « l'azure s'étoile dans la gloire Et qu'un rythme s'entonne au renouveau doré ». La fin de Nelligan est reprise par la même métaphore exprimée différemment : c'est l'avènement du « jour expiré », où l'auteur a peur de son ombre en marchant « à tâtons ». La confrontation avec les aspirations du père est basée sur l'inspiration du poète s par « l'Idéal »--force créatrice, l'esthétique, le beau et le sensible qui structure son inconscient par le murmure de ses Muses. On est dans un enjeu de perception : une guerre froide de valeurs face au rejet du contrat social.

L'aspect suivant de la poésie de Nelligan concerne l'emploi de l'ironie incisive. En effet, l'ironie véhicule toute la construction du poème. Chaque réplique trouve dans ce poème son opposant, chaque métaphore va en pair avec un oxymore. Le poème commence de façon Dionysiaque, insouciante, excessive, c'est le temps de l'ivresse et de la gaieté. « Vive le vin et l'Art ». Le poème est une ode à la gaieté mais termine avec un oxymore, qui oblige à revoir le poème avec un sens d'ironie lugubre:

Je suis gai, si gai, dans mon rire sonore,

Oh! Si gai, que j'ai peur d'éclater en sanglots

Une relecture du poème montre que chaque élément euphorique devrait être opposé par son contraire. Que chaque exclamation est en effet un gémissement de douleur. Il possède un double sens, qui trahit et qui véhicule le ressentiment et la rage. Dans ce sens là, le poème annonce le départ du poète : c'est la « préludé » à sa « croisée ouverte » , non seulement croisade, mais il est comme un bateau qui passe en effleurant ses lecteurs, positionné sur le carrefour des valeurs, polymorphe et éclaté. Parmi les oppositions qui véhiculent l'ironie il y a: 1. Gaieté vs dédain, méchante foule 2. Bonheur de jeunesse vs. Jeunesse noire 3. Rayons de soleils vs. Pourpres épées (synechdoque : la splendeur de la vie coupe à travers son corps de Christ comme une épée médiévale) 4. Vers vs. Gémissements 5. Rire amer 6. Clair de lune vs. Nuit d'Orage 7. Roses de l'Idéal vs. Mépris 8. Azur vs. Noir 9. Ivresse vs. Mort 10. Rire sonore (prémonitoire) 11. Joyeux flots de vin vs sanglots.

'aspect subversif caractérise l'ouvre de Nelligan. Son « rire amer » et son « rire sonore » sont bouleversants et démoralisateurs. Il se victimise pour accuser ses ennemis, pour faire sienne l'image du pénitent. Sa « croisée » est une prédication itinérante où il construit de lui-même un Messie d'une esthétique d'affliction.

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(1) Ce paragraphe est tiré presque verbatim. de Biron, Histoire de La littérature québécoise, Boreal 2010. L'article présent un genre de cannibalisme de La littérature sur Nelligan.

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Maja Nazaruk est etudiante en litterature comparee, Universite de Montreal.

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B I B L I O G R A P H I E

Poésie

1998 -   Poésies complètes, La Table Ronde: Paris, 1998

Critique

2007, Biron, Michel. Histoire de la littérature québécoise. Montreal: Boréal.

2002, Wyczynski, Paul.   Album Nelligan : une biographie en images, Saint-Laurent: Fides, 2002, 435 pages  

1999, Beausoleil, Claude. "Émile Nelligan et le temps", in   Nuit blanche, numero 74, Spring 1999

1997, Beaudoin, Réjean. Une Étude des Poésies d'Émile Nelligan, Montréal: Boréal, 106 p.

1997, Vanasse, André.  Émile Nelligan, le spasme de vivre, Montréal: XYZ, 201

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